Editrice au bord de la crise de nerfs

Même si c'est vrai, c'est faux. (Henri Michaux)

20 avril 2008

Vrai ment


Nickelback - Rockstar VOST
envoyé par Roadrunnerfrance

Il ne neigeait pas. Ce détail a son importance. Il était glacé à l'intérieur et pourtant nous étions au printemps. Nous = vous inclus, même si à ce moment vous vaquiez à vos affaires, probablement passionnantes d'ailleurs, non, vraiment c'est sans ironie.  Aucun glaçon frotté entre ses omoplates dans un début de jeu érotique. Non, il était glacé d'ennui. Habituellement on dit d'effroi. Mais aucun monstre dans les parages ou de scène cauchemardesque se déroulant sous ses yeux. Pas de douche non plus avec du sang s'écoulant en abondance par le trou du bac de douche qui a un nom mais que j'ai oublié. L'ennui des années à venir. L'ennui d'avance, d'imaginer sous un nouveau jour son métier qu'il avait choisi car passionnant, auréolé de prestige par ses grandes figures : Jérôme Lindon, Maurice Nadaud, Antoine Gallimard, Bernard Grasset etc. Il fallait faire son deuil ou fuir. Mais fuir pour aller où ? C'est toujours la question sans réponse qui force l'immobilisme. Et la fuite du réel ensuite : folie, dépression, alcoolisme... Il hésitait encore... ça l'ennuyait cette déchéance du corps consécutive de l'autodestruction, allait-il supporter le regard réprobateur de ses ennemis et ceux emplis de pitié de ses amis devant sa mauvaise haleine, ses poches sous les yeux et ses épaules rentrées en avant pour mieux glisser dans le trou de la guillotine qui a peut-être un nom mais que je ne connais pas... Bref, ce qui se profilait c'était sans en douter le suicide, à plus ou moins long terme. Il aurait aimé être Japonais et s'ouvrir le ventre dans son bureau, d'un coup de tanto, seppuku sobre et digne, sans aucune culpabilité pour les familles puisqu'en accord avec la tradition. Ou Américain pour partir faire la guerre en Irak et promener des détenus en laisse. Non, vraiment, il était glacé d'ennui.
Et quelle culpabilité en sus de n'être pas rentable. D'occuper un bureau que tant d'autres prisaient, un bureau à deux certes, mais avec de la lumière et des étagères solides, c'est un critère important dans cette branche, régulièrement des étagères tombaient dans les bureaux voisins. Et tous ces jeunes diplômés pleins d'illusions d'énergie qui briguaient sa place. Et lui, que produisait-il ? du stock mort.
Déjà les effets de leurs paroles avaient changé sa manière de voir le monde. Depuis quelque temps il suivait la bourse sur Internet et la vision de ces courbes crénelées lui apportaient un certain apaisement et la reconnaissance chaque jour accrue de la supériorité des patrons du CAC40, Léonard de Vinci contemporains qui dessinaient le futur de la planète à coups de transactions financières. Désormais, il écartait d'emblée tout projet ambitieux parce que ambitieux c'est un joli mot pour dire cher, et grâce à ses patrons il déjouait maintenant les pièges d'une pensée utopiste probablement empreinte d'idéalisme et d'humanisme et de pas mal d'autres "ismes" qui coûtaient bonbon.
Sa femme lui avait assez répété qu'il s'investissait trop dans son travail. C'est vrai qu'il l'avait pas mal négligée ces dernières années. Cette nouvelle manière d'envisager son métier allait lui laisser du temps pour prendre soin d'elle. Enfin, aurait pu si elle ne l'avait quitté au printemps dernier. Il pourrait prendre un chien et le balader en laisse. Et qui sait faire une rencontre. Il n'avait pas niqué depuis, depuis quand déjà... Mais ça l'ennuyait d'avance, les discussions convenues, bonjour, vous habitez dans le quartier et bla et bla et bla, tout ça pour tirer un coup, parce que bon, le couple, il avait donné une fois, ça l'avait vacciné comme on dit, sans rappel je rajouterais. Une pute. Tiens il y avait jamais pensé avant. Il était vraiment con quand on y pense. La vie était tellement plus simple sans scrupules. Une cochonne avec des gros seins pour enfouir sa tête dedans, il pourrait même l'enculer, c'est vrai, sa femme avait jamais voulu, quelle salope celle-là, elle aurait sucé une équipe de foot en entier en avalant mais non, se faire enculer "c'est pas pareil" elle disait, quoi, un trou est un trou, non ?  En plus, en rajoutant un billet, il pourrait baiser sans capote, puisqu'il en avait plus rien à foutre de choper une MST ou mieux le  DAS, ou alors en choisir une mineure fraîchement arrivée de je sais pas moi, des Philippines ou de Somalie, putain, il avait pas regardé les infos depuis des plombes, il savait même plus d'où elles venaient les putes, Haïti peut-être... Il lisait trop qu'elle disait.
Tiens 18H00, il était temps de rentrer. Il était glacé. D'ennui. Il allait passer à la librairie, s'acheter un cahier de vacances ou un truc du genre pour les adultes s'ennuyant au bureau. ça avait l'air drôle.

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13 avril 2008

Madame rêve

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Elle cachait son visage derrière de grosses lunettes noires, lunettes de mouche, expression à la con quand on y pense, mais ce n'étaient pas ses lunettes, ni ses yeux derrière qui frappaient, non, ce qui attirait le regard comme aimanté, ce sont ses lèvres. Lèvres gonflées, comme une plaie, lèvres enflées, déformées, disproportionnées, caricaturales. C'était le résultat d'innombrables injections de Botox ou autre saloperie. Comment en était-elle arrivé là ? comment un connard de chirurgien esthétique avait pu lui massacrer la face à ce point. Qui des deux avait entraîné l'autre dans sa folie. Peau tendue et fine autour des lèvres, vergetures verticales tellement ça tirait, et partout sur le visage, peau translucide, comme du papier de riz, comme un masque aux pommettes saillantes, plus de chair en dessous. La femme aux lèvres qui écorchaient le regard perdue dans une navette assaillie d'ados dont la jeunesse était une insulte supplémentaire. Une momie au milieu des vivants. Pouvait-elle encore sourire ? Jean Chanel, petit veston en cuir, lunettes griffées Versace ou Gucci. Petit cul moulé dans un jean Chanel, quand elle s'est baissé, gaine couleur chair en dessous, gaine pour donner du modelé. Plus tard, un gars s'est approché d'elle, sur le côté, la regarde de haut en bas, rigolard, une femme prête à tout pour séduire, une pute, une pute avec une bouche de pute, une bouche de suceuse. Dans une boîte de nuit, on n'y verrait que du feu, ou à la télé, avec le maquillage. Envie de lui défoncer sa tronche. Est-ce qu'elle sait ? Putain de blessure quelque part, refus de vieillir, d'être laide et moche avec une bouche de vieille, sèche et poilue, batailler contre le temps, à tout prix, comme donner son âme au diable et payer le prix fort ensuite. Si elle était pauvre, elle aurait retourné les miroirs, laissé cette putain de pulpe s'assécher, ces putains de rides dessiner leurs motifs, et détruit son corps à coups de pinard acheté chez ED. Peut-être, j'en sais rien. Qu'est-ce qui cloche ? Société de consommation de corps et de visages jeunes et parfaits, partout tout le temps. Misère spirituelle, désoeuvrement, connerie, angoisse irrationnelle de la mort, fragilité...
Madame a rêvé.   

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22 mars 2008

Le bien, le mal

free music



Hier soir à la télé, Guillaume Durand parlait. Je ne regarde jamais les émissions littéraires, ça m'emmerde... Un livre c'est fait pour être lu non ? Plateau blanc clinquant avec aux murs des écrans de TV dans des cadres moulurés aux figures changeantes, Beckett n'avait pourtant rien à faire là, Picasso non plus d'ailleurs... J'ai eu honte, pour qui ? les visages de ces créateurs au-dessus du lot mis au mur pour donner un air de quoi ? une légitimité pourquoi ? à des propos médiocres... à moins que ce ne soit pour la déco ? c'est tendance, visage ridé de Beckett, patiné, touche authentique comme du bois flotté dans un intérieur design...
Hier soir à la télé, Guillaume Durand parlait. Guillaume, qu'un invité appela Dominique (excellent moment, l'expression sur le visage de Durand, l'air de rien craquelé comme un vernis par les plis des lèvres, le clignotement des yeux, et l'autre le gaffeur, s'empressant de parler pour cacher sa gêne, le rouge aux joues, une faute télévisuelle révélatrice d'humanité).
Hier soir à la télé, Guillaume Durand parlait. Du bien et du mal. C'est pratique comme thématique, on peut y caser tous les sujets d'actualité, tout ce qui touche à l'humain, et poser la question de l'humanité, de l'homme. Toujours la même question en somme : l'homme est-il bon ou mauvais ? Qu'est-ce que le bien et le mal ? J'ai appris que quand je tends la main à autrui ce n'est pas la peine de parler de bien. Bon pourquoi pas, mais alors à quoi ça sert la philosophie ?
Hier soir à la télé, Guillaume Durand parlait. Ce ne fut pas ennuyeux, même si j'ai fini par m'endormir... Pas mal de portes ouvertes restèrent ouvertes, c'est le problème de ces émissions, on sent bien que chacun, qui a une actualité hé hé, a été choisi pour tenir un discours suffisamment différent de son voisin pour permettre de faire débat. Et pourtant, ça peine à s'élever. ça se chicane, et quand c'est le vieux qui aboie sur le jeune beau, on se demande si c'est seulement à cause de ses idées. Et surtout qu'en reste-t-il une fois le poste éteint. Une gymnastique douce pour le cerveau... C'est mieux que rien après tout...
Hier soir à la télé, Guillaume Durand parlait. Malgré tout, j'ai regretté de ne pas être autour de la table. Quand l'un a dit "Après Auschwitz, on ne plus parler de l'homme, on ne plus parler d'humanité". (Notons qu'il a évoqué la mort de 6 millions de Juifs, les autres apprécieront.) Je proteste, ok, on a atteint le fond du fond du pire chez l'humain, mais c'était humain. Et ce n'est pas un accident dans l'Histoire, ça continue. On dirait que ça va mieux depuis...  Je sens que je suis sur un terrain glissant. Bon, je vais dire que je ne compare pas, mais l'homme continue ses conneries, quand je dis homme j'inclus la femme (congeler ses bébés, il fallait le trouver)... Quand je dis conneries c'est pour détendre l'atmosphère... Pourquoi ??? Pourquoi ne tire-t-il pas leçon de l'Histoire ? sinon parce que l'humanité, l'homme est mauvais, sociabilisé notamment pour permettre l'épanouissement de l'économie, du marché et des puissants...
La preuve, en temps de guerre le mal fait pour le compte des gouvernements est passé sous silence... En temps de paix, on taxe le "méchant" de fou, on met ça sur le compte de mauvais gènes à détecter au berceau. Les méchants dans des camps, belle ironie de l'histoire...
Hier soir à la télé, Guillaume Durand parlait.
Aujourd'hui c'est mon tour.
Bla bla bla

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16 mars 2008

Et alors ?

free music


Il n'avait aucune envie d'y aller. Non. Il détestait ça. ça le fascinait en même temps, comme de se jeter dans le vide et de voir ce que ça donnait à l'arrivée. Maintenant, son corps contre leurs corps, son visage rouge luisant au milieu des autres visages rouges luisant, il aurait aimé être soulagé. Mais non. Il était là avec l'envie d'être ailleurs. Il détestait ça. Un son. Son prénom. Merde, il l'avait oublié celui-là. Photographe sans talent, mais bon, il avait du charme c'était déjà ça. Une belle voix, même si le contenu était sans intérêt, c'était moins désagréable à entendre... D'autres arrivaient vers lui, des auteurs, sourire crispé, forcément il avait tout réécrit. Machin, je vous présente machine et démerdez-vous ah ah ah. Le pire c'était de sourire. Non. Le pire c'était de trouver un truc à dire.
- Vous pensez à quoi le soir avant de vous endormir ?
- Non, je n'ai eu aucun problème pour entrer
- Qu'est-ce que qui vous rend triste, là, au fond des yeux ?
- On a tout relu, d'ailleurs j'ai les épreuves là avec moi
- C'est l'amour ou le contraire ? le temps qui passe vous y pensez forcément ?
- On a beaucoup travaillé jour et nuit
- Si vous aviez vingt ans de moins est-ce que vous auriez aimé que je vous baise ? est-ce que vous avez envie que je vous baise ?
D'autres arrivaient. Toujours plus. Sourire aller chercher du champagne faire passer des petits fours tout va bien toujours regarde je te souris ça veut dire flippe pas je te reconnais tu peux faire tes hommages à ceux qui signeront ton contrat et tout ira pour le mieux ce n'est pas de l'amour que tu trouveras mais du respect si tu nous rapportes suffisamment de thune flippe pas tu es trop habillé ça fait plouc mais ça nous fait bien marrer c'est déjà ça ça nous rassure c'est nous qui savons quand et comment tiens bouffe et bois ça ira mieux
Et alors ?
Et alors, oui je suis une bête de bureau qui vient montrer qu'elle se soumet au rituel, rentre dans les rangs sous le drapeau fier et raidement tendu sur sa pancarte et non flottant dans le vent car ce n'est pas le vent qui souffle dans les allées du salon du livre mais le bruit des conversations, le brouhaha moite d'alcool, l'air mis en mouvement par le déplacement des corps dans les allées, mouvements contraires ou suivis dans le but d'aller voir et se faire voir, ne pas se faire oublier, exister en somme...




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19 février 2008

Requiem

free music

Il entre dans l'arène. Les mains moites. Les autres autour le détaillent. Le soupèsent. Ils n'en feront qu'une bouchée. Deux tout au plus. Déjà son regard vacille. Qu'est-ce qu'il fout là. Il rêve des prairies vertes de l'enfance. Ici, plus de père ni de mère pour le protéger. Pour faire écran de leurs flancs contre le troupeau hostile. Ici, c'est les néons à la place du bleu du ciel. Ici, c'est le lino sous les pieds, ses pieds qu'il croise et décroise, place finalement sous sa chaise, et ses mains qu'en faire ? Silence. On attend qu'il parle. En face, le toréador serré dans son costume-qui-ne-brille-pas lui fait un signe, menton en avant, "Alors ?", puis regard vers l'horloge comme un reproche, l'heure du repas approche, regard de nouveau sur lui, "Vas-y, accouche". Il se lance. Se reprend, sa voix n'atteint pas le bout de la salle, il le voit à leur manière de tendre l'oreille, de mettre la main en coupelle derrière leurs putains d'oreilles. Il force sa voix, qui s'éraille (forcément sa voix elle est faite pour le murmure, pas pour ça), et annonce la prochaine nouveauté à paraître. Résumé. Simple le résumé, sinon ils ne comprennent pas. 300 pages réduites en 10 lignes. 3 suffiraient. C'est pas qu'ils soient bêtes. Ils n'ont pas le temps de prendre le temps d'entrer dans les détails. Et puis, à quoi ça servirait ? Les libraires, les acheteurs des grandes surfaces spécialisées, des grandes surfaces tout court, n'auront pas le temps de prendre le temps de les écouter. 30 secondes par bouquin. Alors. A quoi ça servirait qu'ils usent leurs neurones à comprendre ce que disent ces mots, tant de mots, sur le papier. Les points forts ensuite, à énumérer. Il en a chié pour les trouver, c'est pas son truc les "argumentaires de vente", son truc à lui c'est d'éditer. Il annonce le prix. Le format. Premières banderilles. "Trop cher". Il tente une explication perdue d'avance dans le brouhaha réprobateur qui monte. Il rappelle le nombre de pages, ça ils peuvent l'entendre. Il voudrait leur expliquer le compte d'exploitation impossible à équilibrer : de plus en plus d'intervenants à payer à cause de l'externalisation des tâches et des chiffres de tirage de plus en plus bas. Il voudrait leur expliquer que c'est un livre de qualité, que le travail éditorial est soigné, que les multiples relectures permettent une lisibilité parfaite, les photos et les croquis au service du sens, la maquette au service du contenu, mais ce sont des mots démodés, ce sont des mots et non des chiffres. Attaque suivante. La tache rouge s'agite, comme un chiffon rouge à défoncer "Et pourquoi un hors collection ? pourquoi pas le mettre dans la collection 24 x 24 ? c'est le même format..." Suée sous les aisselles et dans le dos, bouche sèche, comme un goût de lame sur la langue, c'est fou ce que son corps peut le trahir. Parce que. Parce qu'une collection c'est pas qu'un format bordel ! ça il le garde pour lui, il se l'enfonce bien profond. Il se lève, la vue brouillée, avec sur la nuque comme une haleine chaude qui le pousse en avant. Son front à lui contre l'arête du nez de l'autre. L'instant d'après il est toujours assis. Paires de regards braqués sur lui, comme des billes avec son reflet dedans. Ils attendent sa réponse. Ce n'est pas le même public. "Ah". La mise à mort vient de la droite. De Dieu en personne. Sans même un regard. "Qu'est-ce qu'on en a à foutre"

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10 février 2008

Artaud

Un jour donc on édita Antonin Artaud.
Mais cela commença par un refus. Comme souvent. Refus de ses poèmes. Jacques Rivière de la NRF ("Nouvelle Revue Française", revue de la maison Gallimard), refusa ses poèmes. Artaud répondit. S'engagea une correspondance. Correspondance qui elle fut publiée, un an plus tard en 1924. Et c'est ainsi qu'Artaud, l'autre suicidé de la société, fut édité.
Qu'en serait-il aujourd'hui ? quelles seraient les chances pour le jeune Artaud poète de se faire publier ? quelle maison accueillerait son oeuvre ? quel "éditeur" engagerait une correspondance ?


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01 février 2008

Angoulême

free music

Angoulême, le 25 janvier 2008

Ma chère I.,

Je profite d'un moment de répit pour te donner quelques nouvelles d'Angoulême. Tu craignais de râter quelque chose en restant clouée au lit avec la grippe ? eh bien tu peux continuer à mariner dans tes miasmes l'esprit en paix : tu n'as rien loupé ! d'ailleurs, si ce connard de B. décide de revenir l'année prochaine, c'est bien simple, je roule un pallot au premier clodo venu histoire de chopper la myxomatose ou un truc du genre, Angoulême regarde moi bien parce que tu ne me reverras plus !
Angoulême ressemble à toutes les villes de province de taille moyenne, perchée en hauteur pour échapper aux barbares (tu parles, les barbares ils sont à l'intérieur !), avec une espèce de ruine raffistolée en guise de château (t'as remarqué, dans tous les bleds, y'a toujours un château, mais putain qu'ils viennent voir Versailles, après on en reparle) et un dédale de rues pavées autour. Remarque que ces petites rues pourraient avoir du charme, s'il ne s'agissait pas d'un dédale justement ! Tu finis toujours par te perdre ! Bon l'avantage, c'est que tu te perds jamais plus de 5 minutes, dès que c'est désert c'est que c'est pas là (bon, désert, j'exagère, il y a bien un ou deux chats morts par ci par là)... il suffit de revenir sur ses pas et de suivre le troupeau qui se dirige immanquablement vers les bulles.
Les bulles c'est les espèces de tentes qui jonchent la ville comme de vieilles capotes le bois de Boulogne. Sous les tentes, y'a les éditeurs. La classe ! Le festival existe depuis 35 ans et ils ont toujours pas été foutus de construire un truc en dur ! Bien sûr, il fait une chaleur à crever avec tous ces boeufs qui défilent toute la journée... En plus, j'ai le mal de mer depuis 3 jours à cause du plancher flottant, l'enfer je te dis ! Mais le pire, c'est les chiottes ! Les chiottes sont dehors, dans des préfabriqués et ouverts au public ! pisser en me gelant le cul en imaginant tous les culs qui m'ont précédé, non merci  ! c'est bon pour attraper une maladie rare ! Heureusement, j'ai trouvé la parade : les chiottes des lieux d'exposition... oui, parce qu'à Angoulême, il y a aussi des expos, entre nous celle sur la BD argentine vue par Munoz au CNBDI était épatante (par contre, ces porcs ont monté une expo dans la cathédrale, tu imagines ? des barbares je te dis !)
Que dire de plus ? Ah oui, tout le monde s'aime à Angoulême. Il faut les voir le soir au Mercure s'embrasser et se serrer dans les bras. C'est beau. Les plus jeunes et les loosers tentant d'approcher leurs dieux, drapés dans la dignité et l'assurance que procure le fric, alors qu'eux en sont encore à bouffer des pâtes et à tresser leur bouc... C'est touchant...
Bon, je dois y aller, le temps de payer ma note (1 € 30 le café, c'est donné ! comme quoi en province, tu te fais chier pour pas cher...)
La bise
Ta E.

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25 janvier 2008

Feel good


Les gens pensent souvent que les éditeurs éditent des livres.
Pas tous les gens, beaucoup ne se sont jamais posé la question de la genèse de ces petits pavés qu'ils achètent pour la plupart au supermarché entre la poire et le fromage... Et les gens ont raison de ne pas trop se poser de questions, ils ont autre chose à foutre au supermarché, entre les promos en bout de rayon, les superpromos hurlées au micro par un animateur en plastique et le caddie, ce putain de caddie qui roule jamais droit et qui n'est jamais plein, un mètre cube de capacité au moins, remarque qu'avec les lots de 10, ça va plus vite, c'est l'avantage, même si ça bouffe toute la place dans le placard et que t'en as pour 6 mois pour finir, au moins t'es tranquille et puis t'as économisé des sous, si si, au moins 4 cts, attends, y'a pas de petites économies, pense à ton POUVOIR D'ACHAT, ils en parlent à la télé...
En fait, tout ça c'est de la blague, que la laitière fouette la crème avant de la verser avec amour dans des petits pots, baignée dans une lumière digne d'un Vermeer... L'éditeur assis à son bureau patiné par les siècles annotant des manuscrits un plume Mont-Blanc à la main c'est de la blague aussi... Du flan, comme les poules picorant de petits vers vigoureux dans l'herbe craquante du bled Loué...
En fait, les éditeurs ils passent leur temps à régler des problèmes.
L'auteur n'est pas content parce qu'on a réécrit son texte qui était tout pourri ? brosse à reluire dans gant de velours sur main de fer, et hop, au suivant... le packager anglais n'a pas envoyé les factures d'un bouquin traduit depuis 4 mois ? (nan c'est pas une blague, c'est pas qu'on est honnêtes, c'est que sans la facture, le livre reste bloqué au Havre) ? la maquettiste a ajouté une page au bouquin alors que c'est pas possible d'avoir un cahier d'une page ? L'éditeur co-or-donne.
L'éditeur, il est vissé à son écran, il répond à des mails, il répond au téléphone, il répond aux gens qui viennent dans son bureau, il répond jamais merde... L'éditeur il fait beaucoup de réunions, il com-mu-nique. L'éditeur doit avoir des idées. Peu importe l'idée. Peu importe si c'est celle d'un autre, si elle est déjà en rayon. L'essentiel est qu'elle soit acceptée, ça veut dire qu'il a gagné. Quoi ? Le droit de rejouer.
Ahahahahahaha
 

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19 janvier 2008

Lullaby

Une bouche béante. Un bouche sans fond, cavité humide et presque sanglante, sang qui bat sous une chair qui palpite. Papilles qui n'attendent que moi. Bouche avide qui tremble, qui frémit en m'imaginant moi en elle. Ensuite il y a les premiers éclats. La salve de soie, blanche dans la nuit et la lune forcément. Forcément la pleine lune, et son reflet dans le miroir au mur. Bien sûr mon corps poids mort. Conscience du mouvement nécessaire. Sur la peau c'est doux, les fils de soie en cocon. Mortel. Ensuite ça enserre. D'abord les chairs, c'est fou ce que ça se resserre. Juste assez pour une respiration par minute. Juste assez pour maintenir en vie. Un mince filet d'air. Un mince filet d'air à travers des fils de soie. ça s'arrête avant que les os... Se laisser aller. Pourquoi se débattre. Soulagement dans le laisser aller des particules.

L'eau s'est retirée. Je pose mes pieds bien à plat sur le sol, sur les lattes de bois et leurs putain d'échardes, tiens, est-ce que ça s'accorde putain ? parce qu'au moins cela prouverait que je suis vivante. Mince filet d'eau de ville s'écoule. Mortelle, odeur de chlore. Je pense à la mer. Mouvement perpétuel. Rince, rince la douche dit-elle. Je mange, produit de l'agroalimentaire. Avale dit-elle. Avale. Je pense aux fruits l'été chauds de soleil. Cliché. Cliché dit-elle. Je marche, en file indienne, je pense qu'en respirant je meurs aussi. Comme tous les autres qui marchent à mes côtés. Dépêche, dépêche dit-elle. Ensuite ça enserre. Corps soudés dans un mouvement de machine. Proximité involontaire. Dégage, dégage dit-elle. Ensuite, les murs de brique, le bureau, les autres. Souris, souris dit-elle. Se laisser aller. Pourquoi se débattre. Soulagement dans le laisser aller des particules.


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12 janvier 2008

Aujourd'hui en France


On dit qu'un battement d'aile de papillon peut provoquer une tempête, à l'autre bout du monde. Alors, un coup porté sur un homme à terre ? des bouches frottées sur l'asphalte ? des mains trop fort serrées dans le dos ? des têtes tirées en arrière par les cheveux ? des mises à nu devant des hommes armés sans visage ?
des hommes poussés dans des camions ? des hommes poussés dans des chambres ? des hommes poussés dans des avions. De force. Par les forces de l'ordre. Pour le chiffre. 25000. 00h00. Tête sur l'oreiller qui s'enfonce, paupières closes qui se scellent sur la nuit, chaleur de mon corps qui gagne les draps, odeur de lessive qui rappelle l'enfance. Pendant que peu à peu je sombre, ont-ils encore les yeux ouverts ? ont-ils dîné ou résistent-ils le creux au ventre ? Pendant que peu à peu mon souffle trouve son rythme, halètent-ils de peur ? vident-ils leurs poumons de cris ? Pendant que mes pensées se transforment en rêve, leur vie d'ici devient leur vie d'avant, leur vie d'avant à portée de main derrière quelques hommes en bleu, derrière quelques pierres montées en mur, derrière quels fils de fer barbelés. A quelques kilomètres de moi, à quelques mètres de vous, de toi. Pendant que je rêve ma vie de toujours, eux ne veulent pas dormir. INCREDULES. Cela ne peut finir comme ça. Aujourd'hui en France.

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