Editrice au bord de la crise de nerfs

Même si c'est vrai, c'est faux. (Henri Michaux)

24 mai 2008

Le bal perdu

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Ils semblent tellement sûrs d'eux. Parlant fort et se touchant les couilles pour ponctuer leurs propos. Les femmes à la cuisine à parler de rien. Des enfants et jamais de ces hommes qui ne pensaient jamais à les satisfaire. Juste vider leurs couilles. Parler de rien autour de l'évier, des torchons à la main et des rires pour fermer leurs yeux.
Leur vie de petits riens, le marché le matin, les discussions sur la place, bonjour monsieur le maire, les enfants ne jouez pas avec l'eau de la fontaine, le ciel bleu au-dessus dont elles n'ont que faire, pas le temps, non, de s'allonger dans une chaise longue au soleil, inconcevable, que diraient les voisins ? et puis la chaise longue est rangée dans le garage.
Et puis il fallait que le repas soit prêt pour midi, aller cueillir les légumes au jardin, les laver, les trier, les cuisiner, aller attacher le chien pour le facteur, prendre le courrier, le trier, le ranger, appréhender les mauvaises nouvelles qui les mettraient de mauvaise humeur. Elles craignaient leurs cris, ils effrayaient les enfants, mais ils ne pouvaient se retenir, ils étaient fatigués il fallait les comprendre après une matinée de boulot, debout depuis l'aube, et tellement de soucis, la pluie ou le mistral, jamais là quand il faut, jamais assez ou toujours trop. Et elles les comprenaient. Mesurant leur déception au nombre de pilules. Elles aimaient parler à leurs docteurs. Voix et mains douces, les payer pour qu'ils les écoutent parler de ceux qui ne leur parlaient plus que pour donner leurs ordres. ça avait toujours été comme ça. Leurs pères leur avait montré comment faire avec les femmes. Alors, ce n'était pas de leur faute. C'était leur éducation. Et puis ça faisait du bien de parler, quelquefois ça les faisait pleurer. Alors après, elles allaient s'acheter une robe. Ou des chaussures. Elles savaient que ça allait faire des histoires. Qu'ils allaient gueuler et dire qu'elles en avaient jamais assez, que leurs mères n'en avaient pas tant, qu'elles se plaignaient tout le temps mais qu'elles étaient drues, leurs mères, elles, travaillaient comme des hommes la journée et le soir nourrissaient encore les hommes, et tenaient la maison fallait voir ça, des saintes leurs mères. Et là ils hochaient leur tête plusieurs fois avec ce regard qui en disait long et leur bouche serrée sur une moue de mépris. Mais ensuite peut-être qu'ils les trouveraient belles dans leur robe et leurs chaussures. Et alors ils oublieraient. Et les enfants seraient heureux de les voir danser, n'était-ce pas une preuve qu'ils s'aimaient ?

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19 janvier 2008

Lullaby

Une bouche béante. Un bouche sans fond, cavité humide et presque sanglante, sang qui bat sous une chair qui palpite. Papilles qui n'attendent que moi. Bouche avide qui tremble, qui frémit en m'imaginant moi en elle. Ensuite il y a les premiers éclats. La salve de soie, blanche dans la nuit et la lune forcément. Forcément la pleine lune, et son reflet dans le miroir au mur. Bien sûr mon corps poids mort. Conscience du mouvement nécessaire. Sur la peau c'est doux, les fils de soie en cocon. Mortel. Ensuite ça enserre. D'abord les chairs, c'est fou ce que ça se resserre. Juste assez pour une respiration par minute. Juste assez pour maintenir en vie. Un mince filet d'air. Un mince filet d'air à travers des fils de soie. ça s'arrête avant que les os... Se laisser aller. Pourquoi se débattre. Soulagement dans le laisser aller des particules.

L'eau s'est retirée. Je pose mes pieds bien à plat sur le sol, sur les lattes de bois et leurs putain d'échardes, tiens, est-ce que ça s'accorde putain ? parce qu'au moins cela prouverait que je suis vivante. Mince filet d'eau de ville s'écoule. Mortelle, odeur de chlore. Je pense à la mer. Mouvement perpétuel. Rince, rince la douche dit-elle. Je mange, produit de l'agroalimentaire. Avale dit-elle. Avale. Je pense aux fruits l'été chauds de soleil. Cliché. Cliché dit-elle. Je marche, en file indienne, je pense qu'en respirant je meurs aussi. Comme tous les autres qui marchent à mes côtés. Dépêche, dépêche dit-elle. Ensuite ça enserre. Corps soudés dans un mouvement de machine. Proximité involontaire. Dégage, dégage dit-elle. Ensuite, les murs de brique, le bureau, les autres. Souris, souris dit-elle. Se laisser aller. Pourquoi se débattre. Soulagement dans le laisser aller des particules.


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22 décembre 2007

La mort dans l'âme

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17 novembre 2007

Tout doucement



En marchant cette semaine, je me disais, c'est bien cette grève, ça permet d'aller tout doucement... Finalement, pourquoi prendre les transports en commun ? se sentir agressée par la multitude des corps indifférents, c'est brutal, limite inhumain, oui inhumain, je maintiens. Alors qu'il suffit de deux heures trente de marche par jour pour se sentir vivant ; flux et reflux du sang, coeur et souffle battant au même rythme, corps en avant, pensée avivée, pourquoi n'y avais-je pas songé plus tôt ? En plus la liberté est totale, libre de marcher ou de rester plantée sur le trottoir, de traverser ici ou plutôt là, de lécher une vitrine ou non, de s'arrêter boire un café ou non... ça peut même être excitant ; je passe au rouge ou au vert ? je regarde avant de traverser ou je mets ma vie entre les mains d'un mystérieux automobiliste ? On profite de la ville, on a le temps de voir le ciel, de croiser des regards (si si, j'ai croisé celui de Joey Starr, délavé voire mort, dans le Marais)... Aaaah ! le trottoir comme une scène avec pour ballet êtres en marche ou sur roulettes, êtres en musique ou en mode automatique... En marchant, je me demandais, à quoi pensent les autres ? je m'imaginais leur demander, dites à quoi pensez-vous, le noter et en faire une oeuvre d'art... aux draps encore chauds, au cul de la fille un peu vulgaire devant, aux cadeaux à trouver cette fois encore pour Noël, à la pollution, à mes pieds dans de vieilles baskets démodées, à acheter un vélo, aux talons de la fille comment fait-elle pour marcher... Je me disais vas-y tu as une heure devant toi pour bien penser, mais putain, mes pensées n'arrêtaient pas de dévier... il va jusqu'où lui ? putain, ils parlent forts ces deux cons en plus je pige que dalle, ils blablattent en quelle langue putain ? et elle, quelle conne elle s'arrête d'un coup, eh t'es pas toute seule chérie, tiens lui il tape le code, il est arrivé, veinard (connard), mais bon il est moche comme quoi on peut pas tout avoir, c'est vrai j'ai remarqué ça, y'a des filles sublimes, elles se lèvent et le truc qui cloche apparaît, le gros cul, ou alors elle, là, superbes cheveux mais peau acnéique, moi ça me rassure, oui je sais, c'est pas bien de penser ça, je me demande si je suis la seule à être aussi méchante, heureusement je viens de finir un livre sur la guerre d'Algérie, ça me permet de relativiser question méchanceté... putain, elle fait chier cette grève, le métro c'est mieux pour mater les défauts des gens, ils sont plus concentrés. Et moi, si je faisais grève ? qu'est-ce que je demanderais ? un plus gros salaire, évidemment... moins de titres à produire pour prendre le temps de bien travailler... travailler moins pour travailler mieux, c'est bien ça, ça le ferait sur une banderole, tiens qu'elle police de caractères pour le slogan ? et quel corps ? et puis une délocalisation ce serait bien, oui carrément, mais dans le Sud hein, genre Montpellier, la mer pas loin, putain le pied, après les pavés la plage ! c'est décidé, demain, je fais grève !

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11 novembre 2007

Epiphanie


Jouissance proscrite au bureau. Pas question de juter sur les épreuves.
Imagination sans fantasme. Frisson sans mummm. Excitation sans haaa. Décharge des idées sans râle.

Certes, il y a de bons moments.
Les préliminaires avec l'auteur, esquisse du projet, instant de tous les possibles.
Mais la passion dure, quoi ? Trois mois.
Contrat signé, la fin du rêve. Manuscrit livré, désillusion. Départ en tirage, satisfaction. Sortie de l'ouvrage, combien?

Il paraissait parfait mais déçoit toujours.
Combler ses failles. Le porter, trop lourd. Le stimuler, du temps et pas de temps.
Trop ceci, pas assez cela.
Faire au mieux ou éviter le pire ?

Il y a ceux qui donnent trop et ceux qui ne donnent pas assez.
Ceux qui ne disent rien et ceux qui parlent trop.
Ceux qui promettent puis qui fuient.
Ceux qui racontent leur vie au lieu de leur savoir-faire.
Ceux qui vous reprochent ce qu'ils ne sont pas.
Ceux qui veulent toujours plus.
Ceux qui s'approprient ce qui vient de vous.
Ceux qui remercient et ceux qui oublient.
Il y a ce que vous dites et ce que vous ne devriez pas dire.
Ce que vous exigez et ce à quoi vous renoncez.
Ce que vous donnez et les limites que vous posez.

Ceux à qui vous aimeriez dire "Allez vous faire foutre" et ceux que vous aimeriez prendre dans vos bras.

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25 octobre 2007

Cigarette

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21 octobre 2007

La France qui se lève tôt



La France qui se lève tôt m'emmerde... C'est vrai quoi, les balayeurs et leurs machines à crottes qui décrottent mon trottoir à 6h00 du mat, ils me font chier... (oui ce post sera scato et alors... ah tiens, scato rime avec Sarko... amis de la poésie passez votre chemin)... Pourquoi les camions-poubelles doivent-ils forcément venir ramasser les résidus non absorbés de notre quotidien à 6h30 ? Pourquoi les collèges et lycées ouvrent-ils si tôt ? provoquant ainsi la prise de nos rues décrottées par des cohortes de barbares sauvageons et -onnes au langage batardisé... le chant du coq d'antan a ainsi cédé la place à des BRRR, des BAM, des SPLASH et d'inimitables "EH, batard de ta mère !"

C'est vrai que symbolise cette France qui se lève tôt ?

Les maraîchers se levant aux aurores pour aller vendre leur production sur les marchés des villes endormies ?

Les épiciers levant leur rideau de fer heureux d'exister en réveillant toute la rue car on n'existe pas lorsqu'on vend des boîtes de conserve ?

Le bar PMU éclairé au néon dans lequel les hommes brisés viendront prendre leur premier jaune entretenant leur cancer par une Gitane et leur racisme par un Parisien ?

La France qui travaille ?

La France frustrée oui, la France des petits employés qui ne deviendront jamais cadres, la France des immigrés qui ne deviendront jamais assez français au goût des autres, malgré une carte d'identité et des impôts payés, la France qui a perdu la soif d'apprendre parce que son avenir n'est pas celui décrit par les publicitaires...

J'ai bien conscience de dire du déjà-dit là, mais qui suis-je pour ne dire que des choses nouvelles... Non, ce qui est absurde dans tout ça, c'est que cette France qui se lève tôt se lève tôt pour le bien-être de la France qui se lève tard et pour cela la réveille, et moi ça, ça me met de mauvaise humeur...


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14 octobre 2007

Offishall



L'édition compte très peu de noirs et d'arabes... Pardon : de blacks et de maghrébins...
Quoique, en y pensant bien, y'a M. O le gardien... et puis Rachida qui fait le ménage... Ah ben si finalement...

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04 octobre 2007

She wants it


50 cent, justin timberlake, timbaland-: she wants it
envoyé par latoya_dj


She wants it.
Elle le veut tellement.
Et eux, que veulent-ils au juste ?
La satisfaire.
C’est immoral ?
Non, elle a dit oui.

Le cœur de cible, penser « cœur de cible ».
Sexe, âge, CSP, lieu de vie…
Comment susciter le désir ?
Comment motiver l’achat ?
Dis-moi qui tu es que je te comble.
Payes-moi, je te fais la totale.

70000 nouveautés cette année à écouler bb.
Comment te faire craquer ?
Quoi, tu n’as pas lu le dernier Nothomb ?
Quoi, tu n’as pas d’avis sur le Goncourt, le Médicis ? même pas sur le Fémina ?
T’as pas voté pour le prix des lectrices de Elle ?
Tu as vu le film mais pas lu le livre ?
Tu crains chérie…

Allez un effort…
Laisses-toi aller…
Hum, belle gueule Paul Auster sur l’affiche.
Et le mec à la TV, premier roman, mais putain il a morflé, il s’appelle-comment déjà ?
T’inquiètes honey, on a tout prévu
Couverture rouge, tu pourras pas te tromper
Et en plus, il sera assorti à ton rouge à lèvres

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22 septembre 2007

La relance

La France vit dans la nostalgie de ce qu'elle était.
Quand je dis "la France", je veux dire "certains Français". Quand je dis "la France", j'ai une vision aussi réductrice que ce président que je ne nommerai pas quand il affirme : "Les Français ont voté pour moi... " Je ne me reconnais pas dans ces mots-là...
Bref, certains Français sont nostalgiques de l'homme blanc au béret et à la baguette sous le bras tout comme l'éditeur l'est de ce lecteur exigeant et assidu, lisant au coin du feu et fréquentant les librairies aussi souvent qu'un camé son dealer.
En fait, la France aux Français 100 % pure souche est une chimère tout comme l'est ce grand lecteur idéal.
Ce qui attise le recourt aux solutions à court terme, le repli, la frilosité, c'est la merde. En bon français, la crise.
Or, c'est un fait, l'édition est en crise.
Les éditeurs la vivent.
Les libraires la subissent.
Les formateurs d'IUT, DESS et autres Master spécialisés la décrivent.
Livres Hebdo en fait des diagrammes colorés.
Les penseurs la pensent.
Les auteurs sont partagés (les plus vendables sont plus facilement édités, les plus difficiles à lire peuvent se brosser).
Les lecteurs s'en foutent.

Le nombre de nouveautés ne cesse de croître.
Le temps consacré à la lecture est concurrencé par toujours plus de nouveaux loisirs.
Les rayonnages et tables de nouveautés des librairies ne sont pas extensibles.

S'ensuivent de nombreux effets pervers :
Pour l'éditeur, continuer à grossir et à produire pour rester visible en librairie.
Casser les prix (donc réduire ses marges) pour être concurrentiel.
Racheter les plus petits pour étoffer son catalogue, alimenter sa structure de diffusion et/ou de distribution.
Le libraire indépendant croulant sous les nouveautés a de moins en moins de place pour le livre de fonds. Quant aux chaînes spécialisées type Fnac et les grandes surfaces, cela fait longtemps que cet objet à faible rotation est sorti de leur vocabulaire.

Conclusion :
La pensée différente est en danger.
J'ai oublié d'être drôle.

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