Discover Bourvil!


Ils semblent tellement sûrs d'eux. Parlant fort et se touchant les couilles pour ponctuer leurs propos. Les femmes à la cuisine à parler de rien. Des enfants et jamais de ces hommes qui ne pensaient jamais à les satisfaire. Juste vider leurs couilles. Parler de rien autour de l'évier, des torchons à la main et des rires pour fermer leurs yeux.
Leur vie de petits riens, le marché le matin, les discussions sur la place, bonjour monsieur le maire, les enfants ne jouez pas avec l'eau de la fontaine, le ciel bleu au-dessus dont elles n'ont que faire, pas le temps, non, de s'allonger dans une chaise longue au soleil, inconcevable, que diraient les voisins ? et puis la chaise longue est rangée dans le garage.
Et puis il fallait que le repas soit prêt pour midi, aller cueillir les légumes au jardin, les laver, les trier, les cuisiner, aller attacher le chien pour le facteur, prendre le courrier, le trier, le ranger, appréhender les mauvaises nouvelles qui les mettraient de mauvaise humeur. Elles craignaient leurs cris, ils effrayaient les enfants, mais ils ne pouvaient se retenir, ils étaient fatigués il fallait les comprendre après une matinée de boulot, debout depuis l'aube, et tellement de soucis, la pluie ou le mistral, jamais là quand il faut, jamais assez ou toujours trop. Et elles les comprenaient. Mesurant leur déception au nombre de pilules. Elles aimaient parler à leurs docteurs. Voix et mains douces, les payer pour qu'ils les écoutent parler de ceux qui ne leur parlaient plus que pour donner leurs ordres. ça avait toujours été comme ça. Leurs pères leur avait montré comment faire avec les femmes. Alors, ce n'était pas de leur faute. C'était leur éducation. Et puis ça faisait du bien de parler, quelquefois ça les faisait pleurer. Alors après, elles allaient s'acheter une robe. Ou des chaussures. Elles savaient que ça allait faire des histoires. Qu'ils allaient gueuler et dire qu'elles en avaient jamais assez, que leurs mères n'en avaient pas tant, qu'elles se plaignaient tout le temps mais qu'elles étaient drues, leurs mères, elles, travaillaient comme des hommes la journée et le soir nourrissaient encore les hommes, et tenaient la maison fallait voir ça, des saintes leurs mères. Et là ils hochaient leur tête plusieurs fois avec ce regard qui en disait long et leur bouche serrée sur une moue de mépris. Mais ensuite peut-être qu'ils les trouveraient belles dans leur robe et leurs chaussures. Et alors ils oublieraient. Et les enfants seraient heureux de les voir danser, n'était-ce pas une preuve qu'ils s'aimaient ?