19 janvier 2008
Lullaby
Une bouche béante. Un bouche sans fond, cavité humide et presque sanglante, sang qui bat sous une chair qui palpite. Papilles qui n'attendent que moi. Bouche avide qui tremble, qui frémit en m'imaginant moi en elle. Ensuite il y a les premiers éclats. La salve de soie, blanche dans la nuit et la lune forcément. Forcément la pleine lune, et son reflet dans le miroir au mur. Bien sûr mon corps poids mort. Conscience du mouvement nécessaire. Sur la peau c'est doux, les fils de soie en cocon. Mortel. Ensuite ça enserre. D'abord les chairs, c'est fou ce que ça se resserre. Juste assez pour une respiration par minute. Juste assez pour maintenir en vie. Un mince filet d'air. Un mince filet d'air à travers des fils de soie. ça s'arrête avant que les os... Se laisser aller. Pourquoi se débattre. Soulagement dans le laisser aller des particules.
L'eau s'est retirée. Je pose mes pieds bien à plat sur le sol, sur les lattes de bois et leurs putain d'échardes, tiens, est-ce que ça s'accorde putain ? parce qu'au moins cela prouverait que je suis vivante. Mince filet d'eau de ville s'écoule. Mortelle, odeur de chlore. Je pense à la mer. Mouvement perpétuel. Rince, rince la douche dit-elle. Je mange, produit de l'agroalimentaire. Avale dit-elle. Avale. Je pense aux fruits l'été chauds de soleil. Cliché. Cliché dit-elle. Je marche, en file indienne, je pense qu'en respirant je meurs aussi. Comme tous les autres qui marchent à mes côtés. Dépêche, dépêche dit-elle. Ensuite ça enserre. Corps soudés dans un mouvement de machine. Proximité involontaire. Dégage, dégage dit-elle. Ensuite, les murs de brique, le bureau, les autres. Souris, souris dit-elle. Se laisser aller. Pourquoi se débattre. Soulagement dans le laisser aller des particules.
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